Docteur Philippe Lebrun
« Tu as une place particulière par ta gentillesse, ta joie de vivre, ta disponibilité permanente. Il faut admettre que les uns et les autres, nous n’avons rencontré que peu de personne avec ces qualités devenues ni mode ni tendance dans le monde actuel où toutes les règles semblent mises en question et la profondeur de la marque que tu nous laisses est loin de s’émousser, elle n’a d’égale que la profondeur de notre peine.
Je t’ai souvent entendu dire que la vie c’est donner, donner son temps, son énergie, son expérience sans compter, en sachant se garder du superflu, de l’inutile ; la notion de générosité lucide mais jamais calculée, la notion de servir. Générosité et servir : deux valeurs que tu nous transmettais en permanence.
Tu tenais tant aux grandes valeurs pas si fréquentes à notre époque :
Etre utile pour tous ceux qui nous entoure, être utile jusqu’au bout : Douleur Sans Frontières entre autres…
Etre sage : savoir écouter et comprendre, sans en tirer pour soi aucun bénéfice de quelque nature que ce soit.
Tu es droit dans tes bottes, pas toujours facile à notre époque, mais pour toi il n’y a aucune fausse note, pas un manquement, tu n’as jamais dérogé. Enfin, tu es de ceux qui ont quelque chose à dire, qui ne laissent pas indifférent. Les valeurs que tu as acquises, tu les partages, tu les communiques sans relâche. Tu irradies autour de toi, car les valeurs que tu as acquises tu les partages, tu les communique. Tu rassembles. Partager pour toi c’est une éthique de l’équilibre.
Tes valeurs humanitaires, tu les as exprimées dans de nombreux pays où nous sommes partis ensemble.
Il suffisait de te dire on part ?
Dans un pays en guerre ? Après une catastrophe naturelle ?
Tu es d’accord sans te soucier du confort et de la sécurité. Et oh combien nous avons de souvenirs ensemble, cela forme des liens indéfectibles, si il en fallait.
Tu as une place particulière dans le monde de la douleur et des soins palliatifs dans ce monde de l’humanitaire par ton intelligence, ta culture, et ta fidélité en amitié. Et la profondeur de la marque que tu nous laisses est loin de s’émousser, elle n’a d’égale que la profondeur de notre peine.
L’enseignement est une de tes passions, transmettre avec gentillesse et humilité tout en sachant préserver, sans jamais vexer, ceux qui sont en face de toi.
Ton parcours est un exemple d’effort, de force, de sérénité, d’éthique. Oui d’éthique, dans tout ce que tu as entrepris, on retrouve tout au long de ton chemin cette énergie, cette valeur fondamentale de la vie qui rend fort.
Combien de fois, nous t’avons vu gentiment, pester parce que cela n’allait pas assez vite, pas assez au fond des choses. Homme d’engagement, Homme d’exception ; pour toi il n’y a pas d’autre alternative que le vrai. On réfléchit, on théorise et on réalise. Car tu n’es pas seulement un homme de conviction, mais aussi un homme d’action. Tes nombreuses missions dans des conditions parfois très difficiles sont là pour le prouver : …
Toujours prêt pour l’aventure, mais pas n’importe laquelle, celle qui fait avancer les choses, qui produit, qui s’inscrit dans l’intérêt général. Je me souviens de ses longues soirées trop courtes pendant lesquelles on refaisait le monde de la douleur et des soins palliatifs.
Tu nous rends intelligent, tu laisses derrière toi un comportement, une façon d’agir, de faire des soins, de la médecine, de regarder les autres, de les aider, de les accompagner qui restera exemplaire pour ceux qui te suivent.
Voilà une partie de ce que tu nous a transmis et que nous devons transmettre : tu viens de nous passer le flambeau. La mort charnelle n’est pas la mort spirituelle, si bien que les notions essentielles pour toi, survivent et vivent pour ton épouse, tes fils et ta famille, pour Douleurs Sans Frontières, pour nous tous. »
Pr Alain Serrie
Président de DSF
« Je me souviens encore de cette terrible journée où nous avons toutes et tous été bouleversés ...
Je pense à lui avec certains patients communs qui m'en parlent encore, les conseils et explications qu'il leur avait donnés pour la gestion de leurs symptômes qu'elle soit médicamenteuse ou non médicamenteuse.
Je repense à son tempérament calme et posé ; il me disait de ralentir, prendre le temps, il avait un effet apaisant, il nous ramenait à l'essentiel .
Je travaillais dans la cellule douleur avec le docteur Lebrun depuis décembre 2013.
Il m'envoyait des patients pour une prise en charge psychologique orientée aide à l'acceptation de la douleur.
Je le croisais chaque jeudi après-midi lorsque j'arrivais pour mes consultations, je passais le saluer et lui partager ce que j'avais lu ou appris en formation pour la thérapie familiale ou il me partageait des articles ou réflexions.
Autre petit souvenir, nous avions une réunion avec différents intervenants en fin de journée, pour l'occasion j'avais apporté des madeleines à l'orange (recette maison) pour accompagner les cafés et softs, le docteur Lebrun les avait appréciées aussi je lui avais proposé de les reprendre pour son trajet retour.
Lorsque j'en prépare j'ai toujours une pensée pour lui...
Le docteur Lebrun fait partie de ces personnes que l'on rencontre et qui nous inspire... »
C.L.
« J'avais une très grande estime pour le docteur Lebrun. Il était toujours souriant et d'humeur calme et sereine. Lorsqu'il arrivait pour sa consultation, il prenant le temps de passer dans notre bureau juste à côté du sien, pour nous dire bonjour et demander comment nous allions.
Il aimait partager avec nous les chocolats qu'il recevait parfois de ses patients, en période de fête par exemple. C'était un médecin très compétent et il était très apprécié de tous ses patients. Il aidait les gens à surmonter leurs douleurs corporelles. Parfois avec des piqûres, et souvent accompagnées avec des paroles et beaucoup d'empathie. Son agenda était plus que complet et les délais étaient longs car il avait une très bonne réputation et travaillait très bien.
Je me souviens aussi de ses chaussures très spéciales avec une semelle souple et les orteils apparents comme des chaussettes. Un jour je lui ai demandé si c'était confortable, il a ri et m'a dit qu'avec elles il se sentait plus proche de la terre, mieux connecté.
Le jour du drame, j'étais de service... ce fût un choc terrible pour tout le monde. On n'y croyait pas ! »
S.B. Secrétaire
« ....Voici donc l’homme, le médecin, l’ami que nous sommes venus saluer... Dans son métier, il a toujours privilégié les rapports avec les hommes et avec ses patients car Philippe était humaniste.
Philippe, cet homme réservé, à l’intelligence aigüe, très cultivé, respectueux de ses engagements, mû par une ardente quête de justice et de solidarité comme en témoigne son investissement personnel dans l’ONG “Douleurs sans Frontières”.
Philippe était un homme généreux, un homme dans le sens du terme avec des convictions, une grande rigueur intellectuelle et une sincérité profonde. »
Extrait du témoignage du docteur J.B.